Lors des négociations en table ronde qui se sont tenues en Préfecture, nous avons présenté aux partenaires et financeurs institutionnels des évaluations de budgets pour les 5 ans à venir.

Ces budgets ont été établis à partir du projet de l’Association et du fonctionnement des services offerts aux usagers. Ceci en cohérence avec le document remis aux partenaires par le Conseil d’Administration document revisitant le projet associatif et ses objectifs fondamentaux pour les 5 ans à venir et présentant la restructuration des services (tableau ci - joint). Cette restructuration ayant pour objectifs d’amener une meilleure compréhension des actions menées par l’Association et une vision claire des enveloppes budgétaires permettant le fonctionnement de ces actions.

Les objectifs définis par l’Association sont liés à notre souci et à nos exigences de poursuivre notre mission en restant au plus près des besoins du public reçu et des réponses apportées à leurs difficultés. Globalement, ces réponses sont trop insatisfaisantes actuellement, que ce soit sur le plan juridique, social, médical, ou en ce qui concerne l’insertion professionnelle, pour que nous nous contentions de fonctionner en maintenant simplement les acquis, la remontée de la culture patriarcale, son infiltration à tous les niveaux nous amène à rester très vigilantes sur ces questions.

C’est d’ailleurs ce point qui nous amène à revitaliser la vie associative, afin de garder vigilance et, rapidité de réaction pour interpeller les partenaires et les pouvoirs publics lorsque les droits des femmes victimes de violences et de leurs enfants sont niés comme c’est hélas encore trop souvent le cas.

En France, 3 femmes meurent tous les 15 jours sous les coups de leurs compagnons et plus de 2 millions sont victimes de violences, dans certaines cités des jeunes filles sont violées pour leur rappeler “qu’elles ne sont que des femmes et doivent rester à la place qui leur est assignée au sein d’une hiérarchie pyramidale codée”,

“Une once de liberté pour les dominées rend fous les dominants” et les violences exercées à leur encontre empêchent de nombreuses femmes de se protéger de la contamination par le V.I.H. notamment et excluent beaucoup de femmes de toute participation à la vie active

“Un homme qui a de la profondeur dans l’esprit comme dans les désirs ne peut penser au sujet des femmes qu’en oriental. Il doit considérer la femme comme une propriété, un bien qu’il faut mettre sous clé, un être fait pour la domesticité, et qui n’atteint à sa perfection que dans cette situation subalterne” (F. NIETZSCHE).

Ces propos sont toujours d’actualité pour beaucoup trop de femmes maintenues dans la dépendance et dans des situations d’inégalités dans une indifférence complice.

Nous avons pu constater que les premières mesures prises à la suite de la Loi sur la parité ont été en faveur des homme et lorsque des mesures sont prises pour soutenir les victimes de violences con jugales (lois, circulaires) c’est l’agresseur qui est plaint et, la victime qui est clairement blâmée.

Tout le système s’arc boute et s’unit pour faire taire les victimes.

En effet, dans beaucoup de juridictions on peut constater un refus d’appliquer les textes de Lois en faveur des femmes victimes de violences, ce qui aboutit à la mise en place d’un pluralisme juridique, et en général il règne une tolérance certaine à ce que des femmes résidant sur notre territoire n’aient aucun droit, ceci au nom du relativisme culturel.

“Discours dépassé", pouvons - nous entendre autour de nous, pourtant dans le monde les rapports démontrent que :

Pour les services d’aide aux femmes, comme pour nous, la violence masculine contre les femmes n’est pas une simple distraction propre à alimenter les réflexions théoriques d’universitaires et de chercheuses, c’est une réalité concrète, douloureuse, horrible que nous côtoyions tous les jours.

“Bien que ce soit une réalité indéniable qui saute aux yeux, car souvent exercée sur le plan physique, l’ampleur et les effets de la violence masculine ne sont toujours pas reconnus par les instances politiques et judiciaires. Cette violence n’est nulle part pleinement combattue par nos systèmes dits de justice”...

En dépit de réels progrès aux niveaux national et international les réponses à la violence masculine sont globalement très variables et inégales. Une vaste disparité persiste entre, d’un côté , la volonté officiellement affichée de prévenir les violences, et de l’autre, les réponses et initiatives de prévention, qui demeurent éparses ou non - existantes, peu coordonnées et mal financées, sans compter que les systèmes de justice criminelle ne punissent pas les coupable. Les Lois, les structures, les services et les recherchent restent épars et sous - développées.

Les hommes continuent de jouir de facto du “droit” à la violence contre les femmes et les enfants (AILBHRE SMYTH).

Nous notons la tendance actuelle à gommer les différences et les inégalités, cette tendance ressort à travers le concept “à la mode” de genre “Les violences masculines contre les femmes sont, de toutes évidence, des crimes “genrés”. Toutefois, l’usage du terme “genrés” dans ce contexte suggère d’abord que les rapport de force inégaux entre les hommes et les femmes ne le sont (miraculeusement) plus et, deuxièmement, que les hommes et les femmes sont également susceptibles de subir les violences conjugales et les agressions sexuelles, ce qui n’est manifestement pas le cas”. (A. SMYTH).

Face à tout cela, notre Association ne peut et ne doit pas agir seule, aussi il apparaît nécessaire de réactiver la représentation de notre Association dans les différentes instances, renforcer notre présence dans les CA associatifs participer aux travaux de l’observatoire de la parité etc.. pour amener notre point de vue sur la situation des femmes et engager un travail de réflexion avec les partenaires sur la question de la place des femmes dans la société, les discriminations sexistes et les violences qui leurs sont faites.

D’autre part, notre participation active à la Fédération Nationale et Régionale Solidarité Femmes et au sein des commissions mises en place par ces fédérations, ainsi que les échanges avec le Réseau Européen et International est le complément indispensable à notre action sur le terrain. Ce sont les lieux d’échanges et de réflexion sans lequel notre action ne peut avancer.

C’est pourquoi en 2001 l’Association s’est positionnée sur les points suivants à réaliser jusqu’en 2005.

Tout d’abord, nous réaffirmons que Solidarité Femmes s’est constituée pour dénoncer les situations de violences vécues par les femmes, dans le cadre du couple, de la famille et dans la société en générale, ainsi que les discriminations sexistes à tous les niveaux.

Son travail, sa réflexion sont dirigés vers les victimes de ces violences et discriminations.

Elle a une action militante pour l’avancée des droits des femmes victimes de violences et de leurs enfants, par ses actions elle met en application la plate forme de PEKIN 1995 et pour les 5 ans à venir fait sien le texte du préambule de la circulaire interministérielle de mars 1999 n°980014. , qui dit :

“Quels que soient leur condition socio - économique et leur niveau d’instruction, leur culture et leur religion, des millions de femmes, à travers le monde, sont victimes d’actes de violences, sous de multiples formes.”

La France n’est pas épargnée par ce phénomène de grande ampleur qui empêche les femmes de participer pleinement à la vie de la société.

Fondée sur un rapport de force, la violence au sein du couple s’inscrit dans un fonctionnement de domination qui aboutit à nier l’autre en tant qu’individu et à porter atteinte à son intégrité.

Il convient ici de se situer dans une optique qui intègre la dimension individuelle et socio - culturelle. Les postions sociales des hommes et des femmes, leurs fonctions, les systèmes de valeurs auxquels ils se réfèrent, établissent des rapports sociaux entre les sexes.

Les violences à l’égard des femmes sont liées à la forme de ces rapports : plus ils sont inégalitaires, plus la violence trouve une justification sociale implicite.

Les formes spécifiques de ces violences - notamment les violences au sein du couple - représentent un problème dont le coût et les répercussions, tant individuels que collectifs, pèsent considérablement sur l’ensemble du corps social”.

Solidarité Femmes est une association reconnue d’éducation populaire, elle met en place une action prenant en compte la situation des femmes à travers 2 axes:

Violences dans le cadre du couple, de la famille et dans la société

Outil AGORA

Difficultés économiques et sociales et citoyenneté

Outil STARTER et L’ARBRE FRUITE

Solidarité Femmes est spécialisée dans l’accueil des femmes, la prise en compte de la globalité de leurs difficultés. Les 2 axes de travail sont donc des outils au service du projet, leur mise en place s’appui sur des constats vérifiés dans la réalité. Ces 2 axes sont complémentaires et s’appuient l’un sur l’autre pour la cohérence du projet global associatif.

AGORA travaille sur la personne intime, STARTER sur la personne publique - citoyenne et l’ARBRE FRUITE sur l’avancée professionnelle et la mixité.

L’ARBRE FRUITE sort Solidarité Femmes et les femmes reçues de l’isolement et l’enfermement, la discrétion, élément indispensable à l’accueil des femmes victimes de violences pouvant isoler tant l’Association que les usagères.

L’ARBRE FRUITE permet un partenariat avec le quartier sur lequel il est implanté, des actions collectives avec les autres associations, (cadre de vie, Union de Quartier, etc...).

Il permet aux femmes reçues de réintégrer la mixité dans une activité sans “marquage”, tant du fait de la diversité du public qui y travaille que de celui qui vient y déjeuner.

Ainsi, le public de Solidarité Femmes peut participer aux actions d’animation festives,

culturelles par le biais de l’Arbre Fruité et Starter.

L’atelier d’insertion permet donc de dépasser la notion d’assistance pour aller vers une prise en charge dynamique sur le quartier, la cité.

La mise en place d’animations et d’ateliers d’expression positionnent vers une participation à la vie active politique et donc à la citoyenneté afin de participer à ce que la citoyenneté ne s’écrive plus seulement au masculin.

En effet, Mme PERY, Secrétaire d’État aux Droits des Femmes, a déclaré à l’occasion des assisses sur la violence du 25 janvier 2001 qu’il était nécessaire de “Mettre en place des structures d’accueil qui, outre le toit, offriraient aux femmes une écoute et un accompagnement psychologique, des actions de formation et de retour à l’emploi, et un accès au logement permanent.... C’est la globalité de ces actions qui permettra aux intéressées de reconstruire leur identité et de retrouver leur autonomie” et donc de pouvoir participer activement à la vie sociale”.

Solidarité Femmes a été pionnière de ces actions et entend les continuer.

Afin d'apporter une réponse sur l’ensemble du Département de l’Isère, la formation des acteurs sociaux devrait pouvoir aider à la mise en place de relais “point accueil de femmes victimes de violences” sur le département de l‘Isère. L’association se positionnant en tête de réseau, Point Ressource pour ces relais.


OBJECTIFS A COURT TERME POUR MENER A BIEN NOS ACTIONS :

L’action d’accueil et d’accompagnement a pris une place importante, ces dernières années parallèlement , nous nous sommes vues contraintes de réduire fortement le nombre des bénévoles. En effet, les bénévoles doivent être formées et ensuite encadrées, or nous n’avons pas actuellement les moyens de cet encadrement.

En effet, les bénévoles interviennent en soutien aux professionnelles et ne peuvent se substituer à elles ni prendre du temps aux professionnelles, or la majorité des personnes qui se présentent actuellement voudraient être en contact avec le public par le biais des entretiens d‘écoute information-orientation, ce qui n’est ni évident ni possible, la problématique traitée demandant beaucoup de recul et une bonne analyse des situations personnelles rencontrées et de la situation des femmes en général. Les bénévoles ne peuvent faire un diagnostic ni élaborer un plan d’aide, ceci est le rôle des professionnelles.

De ce fait, les bénévoles sont recentrées sur des tâches précises de soutien (aide à l‘élaboration d‘un dossier d‘aide juridictionnelle par exemple,) ceci sur orientation des professionnelles et en lien avec ces dernières chargées de l’accueil et de l’accompagnement.

De ce fait, il est nécessaire de renforcer l’équipe de professionnelles par

Au vu du contexte général de la situation des femmes. Il est nécessaire de réengager une réflexion sur le militantisme indispensable au sein de l’Association, celui ci s’exprimant de différentes façons d’après la personnalité de chacun et chacune, mais toujours en direction du projet politique de l’Association.

Nous renforcerons le partenariat amorcé avec la commission femmes de SOS Racisme et la Fédération de la Maison des Pote, nous sommes en accord avec les écrits du livre blanc de femmes de quartiers que nous avons soutenu.

Ensemble nous allons donc aller à la rencontre des femmes dans les quartiers, les soutenir dans l’expression de leur vécu et les accompagner dans leur parcours.

Et nous contribuerons au changement des pratiques en continuant le travail de sensibilisation et de formation des Acteurs Sociaux.

Il conviendra aussi de continuer à réfléchir à la mise en place d’actions de prévention et d’éducation non sexiste auprès des jeunes, réflexion amorcée au sein de la Fédération Régionale Solidarité Femmes.

CONCLUSION :

Dans son rapport Madame AILBHRE SMYTH dit : “Nous pouvons établir, à l’échelon mondiale, les constats suivants :

Nous adhérons à ce discours et notre travail va dans ce sens.

Pour que la sécurité, le bien - être et les droits humains des femmes et des enfants soient partout respectés et garantis.

Pour que les hommes n’exercent plus de pouvoir envers les femmes et les enfants à travers la coercition, la force et la violence quotidienne.